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La laïcité selon Blanquer

 
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Auteur Message
Isa
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Messages: 13 891

MessagePosté le: Jeu 7 Juin - 18:44 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer Répondre en citant

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Par Jean-Paul Brighelli / Vendredi 1 juin 2018 à 10:346


Chapô
Edito. Retrouvez la tribune hebdomadaire de Jean-Paul Brighelli, consacrée à l'Éducation.


Body
Dans Liberté Egalité Laïcité (Hugo doc. 2015), j’expliquais qu’il en est de la laïcité comme du « je t’aime » : tout ce qu’on lui ajoute diminue la valeur du mot. Pas de laïcité « aménagée » ou « à géométrie variable » — pas plus que de « je t’aime bien » ou « je t’aime beaucoup », qu’aucun amoureux ne trouverait satisfaisant…




Il y a quelques jours, Jean-Michel Blanquer, longuement interviewé par l’Express, a exprimé la même idée : « Comme d'autres, a dit le ministre de l’Education, je refuse de mettre un adjectif après laïcité parce que mettre un adjectif c'est ouvrir la voie à bien des pièges contre-productifs. La laïcité est la laïcité. »
Rien n’est hasard dans ce que dit Blanquer : trois jours plus tard un vade-mecum de la laïcité, premier produit du Conseil des Sages de la laïcité placé auprès du ministre et présidé par Dominique Schnapper, était envoyé à tous les personnels de l’Education.
Je l’ai lu pour vous.
 « La loi démocratique prime sur les lois religieuses », est-il énoncé en préambule. Cela va de soi, mais cela va mieux en le disant, à une époque où les vrais sociologues nous apprennent qu’un très grand nombre de jeunes musulmans sont prêts à faire passer la loi coranique, la charia, avant celle de la République. Encore faut-il expliquer ce que signifie ce principe : c’est la distinction absolue entre le « savoir assuré par la communauté éducative » et les « croyances laissées à la liberté de chacun ». L’objectif de cette distinction est la recherche de la « sérénité indispensable à la transmission des savoirs ».
Notez au passage que la prose ministérielle, depuis quelques mois, a laissé tomber cette idéologie des « compétences » qui a miné le système éducatif, et que l'on parle désormais clairement de transmission des savoirs, une mission éducative négligée par les idéologues pédagogistes aux manettes depuis trente ans. L’opposition nette entre savoirs et croyances permet de mieux saisir l’enjeu : les compétences étaient censées émerger des élèves par l’opération du Saint-Esprit, les savoirs sont transmis (verticalement, de maître à élève) par des enseignants qui récusent a priori croyances et superstitions. Du moins dans l’espace scolaire.
Il est important d’écrire que « l’élève (qui) persiste à méconnaître l’interdiction posée par la loi s’expose à une sanction disciplinaire qui peut aller jusqu’à l’exclusion définitive de l’établissement au terme de la procédure engagée devant le conseil de discipline. » Il faut faire comprendre à tous ceux qui seraient tentés de discutailler à l’infini que la liberté d’expression (c’est explicitement affirmé dans le vade-mecum), si elle est un principe intangible, a toutefois des bornes : le libre exercice de la transmission, dans le cadre des programmes. Autant couper court aux arguties des fanatiques.
Analysant la question des « signes religieux » interdits dans toute enceinte scolaire (mais hélas pas en université, où des militants de l’UNEF peuvent impunément représenter les étudiants avec un foulard islamique sur la tête), le document rappelle la décision du Conseil d’Etat : un sous-turban sikh est une manifestation ostensible d’appartenance religieuse . De même un bandana que l’on refuse obstinément de retirer, ou une jupe longue de couleur sombre. Autant le dire, autant prévenir sur ce sujet parents et élèves : cela évitera des procédures interminables, ces gens-là trouvant, quel que soit leur niveau de fortune, des ressources inépuisables pour alimenter des plaintes, des poursuites, des appels — y compris devant la Cour Européenne des Droits de l’homme.
À noter que les règlements s’appliquent aussi aux étudiants de tous âges entrant dans des établissements scolaires au titre de la formation permanente (les GRETA), dès lors que le port de certains signes religieux correspond à une volonté de prosélytisme.
Si dans le principe le port de signes religieux ostentatoires ne doit pas s’appliquer aux élèves scolarisés dans le privé lorsqu’ils sont convoqués pour des examens ou concours, il est rappelé que tous les candidats doivent « se soumettre aux règles d’organisation de l’examen qui visent à garantir le respect de l’ordre et de la sécurité et, notamment, à permettre la vérification de leur identité et à prévenir les risques de fraudes. » Pour avoir vu moi-même dans l’académie de Montpellier, il y a une dizaine d’années, une candidate arriver en burka avec son mari, qui exigeait de rester derrière elle pendant les épreuves (ce que l’administration refusa — la candidate partit, et l’on voudrait me faire croire que certaines religions ne nuisent pas aux femmes !), je sais que ce sont des circonstances fréquentes. On imagine bien les risques de fraude (prévus par le document ministériel) d’une tenue complètement couvrante. Rien n’empêche une fille voilée d’avoir des écouteurs qui lui dicteront les bonnes réponses.
De même les parents qui entrent dans un établissement ne sont-ils pas obligés de se conformer aux règles laïques en vigueur : il y a trois ans, j’ai vu deux déléguées de parents, burkanisées de la tête aux pieds, gants compris, venir siéger au Conseil d’administration du lycée où j’enseigne, puis se débarrasser de leur costume de Belphégor dès qu’elles en sortirent, et repartir tranquillement en métro et en mini-jupe. C’est comme au jeu de go : on occupe des territoires jusqu’à ce que l’ennemi soit encerclé.
Et l’ennemi, c’est nous.
 Enfin, « les règles de l’école publique, et notamment le respect du principe de laïcité, s’appliquent dans l’ensemble des activités scolaires, qu’elles se déroulent à l’intérieur ou à l’extérieur de l’école ou de l’établissement. » C’est peut-être le point aveugle de ce vade-mecum, qui laisse les responsables évaluer la situation au coup par coup. Sans doute faudrait-il préciser rapidement qu’un accompagnateur doit se conformer au règlement que les élèves en sorties scolaires emportent avec eux — de peur de voir se multiplier à l’avenir les affaires du type de la crèche Baby-Loup. Toute faille sera exploitée par les guerriers d’en face.
C’est sans doute sur le versant pédagogique que ces consignes sont les plus claires, et c’est une excellente chose. « L’histoire des génocides, l’histoire des religions, l’origine de la vie, la théorie de l’évolution, l’éducation à la sexualité, l’égalité filles-garçons, l’enseignement du fait religieux en histoire des arts, l’éducation musicale, les arts plastiques, le système solaire en sciences de la vie et de la Terre, etc. », autant de points de friction, régulièrement activés par les fanatiques en culottes courtes. « Les élèves n’ont pas le droit de s'opposer à un enseignement en raison de leurs convictions religieuses. Ils ne peuvent pas non plus, au nom de considérations religieuses ou de toute autre considération, contester le droit d'un professeur, parce que c'est un homme ou une femme, d'enseigner certaines matières, ou encore le droit d'une personne n'appartenant pas à leur confession de faire une présentation de tel ou tel fait historique ou religieux, ni refuser de visiter certains monuments ou d’étudier certaines œuvres en éducation musicale et en arts plastiques. »
Pour avoir eu des élèves refusant d’entrer à Notre-Dame de Paris (nous étudiions le roman de Hugo) sous prétexte que cela était incompatible avec leurs croyances, je sais que ce sont des complications de tous les jours que le règlement nouveau veut éviter.
Pas question non plus de choisir ses cours en fonction de ses croyances — et de se faire dispenser d’EPS à l’année, ou de piscine à l’occasion. « L’obligation d’assiduité impose que les élèves suivent l’intégralité des enseignements auxquels ils sont inscrits. La pratique de l’EPS en fait partie. L’atteinte aux convictions religieuses des élèves ne saurait être invoquée comme motif légitime de dispense. » Et de rappeler les arrêts de la Cour européenne des Droits de l’homme sur les cours de natation mixte : cela donne une idée des moyens que les « vrais croyants » utilisent pour défendre leur pré carré — et l’augmenter dès qu’ils flairent une faiblesse.
Enfin, la question des menus de cantine est examinée avec une grande pertinence. « En application du principe de neutralité auquel sont soumis tous les services publics, dont celui de la restauration scolaire, le fait de prévoir des menus distincts convenant aux pratiques confessionnelles des élèves ne constitue ni un droit pour les usagers, ni une obligation pour les collectivités territoriales. » Que telle ou telle municipalité (dans le primaire) ou collectivité territoriale (en collège ou au lycée) choisisse de fournir un menu de substitution ne doit pas faire croire à ceux qui tentent d’imposer leurs différences communautaristes que c’est un droit. C’est une politesse.
Puis viennent au final (le document joue fort intelligemment sur les couleurs du drapeau français avec une certaine subtilité, et ce qui concerne les personnels de l’Education est coloré en rouge — avis aux récalcitrants !) les obligations des agents de l’Etat. Pas de prosélytisme, bien entendu : cela évitera de recruter des surveillants parmi les « grands frères », qui surveillent ce que mangent les enfants et leur imposent parfois des coutumes diététiques — particulièrement en temps de ramadan — contraires à leur santé. Mais aussi « tous les comportements portant atteinte à la dignité des personnes, comme le refus de saluer certains collègues ou usagers ou d’être reçu par eux, sont proscrits. » Refuser de serrer la main d’un collègue femme, c’est terminé. Ça n’aurait jamais dû commencer. Nombre d’entreprises privées seraient bien inspirées de s’inspirer de ce vade-mecum — pensez à ces chauffeurs de la RATP qui refusent de prendre le volant après une conductrice.
Au final, c’était un document attendu, qui permettra de résoudre à l’avance bien des conflits potentiels. À ce jour, seul le SNALC a réagi favorablement à ces directives. Aucun des autres syndicats n’a encore manifesté son approbation. Qui peut croire qu’ils sont gênés aux entournures par un texte qui affirme les droits intangibles de la laïcité ?
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Poly


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MessagePosté le: Jeu 7 Juin - 19:47 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer Répondre en citant

Merci, monsieur Brighelli, et merci aussi de soutenir Blanquer, qui je l'espère, avec calme et détermination, va remettre l'enseignement à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter.
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quoikicause


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MessagePosté le: Jeu 7 Juin - 22:57 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer Répondre en citant

Remettre l'enseignement à la place qu'il n'aurait jamais du quitter revient à dire qu'il faudrait virer quelques 75 % des enseignants et surtout en virer autant dans ce qui s'appelle la fameuse "école" où l'on forme justement ces enseignants. Tout est gangréné par la gaucherie politique et ces officines non moins politique que sont les syndicats.
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Isa
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MessagePosté le: Ven 8 Juin - 17:49 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer Répondre en citant

Poly a écrit:
Merci, monsieur Brighelli, et merci aussi de soutenir Blanquer, qui je l'espère, avec calme et détermination, va remettre l'enseignement à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter.



J'adhère. 
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Minouchette


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MessagePosté le: Ven 8 Juin - 18:02 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer Répondre en citant

Poly a écrit:
Merci, monsieur Brighelli, et merci aussi de soutenir Blanquer, qui je l'espère, avec calme et détermination, va remettre l'enseignement à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter.



Je suis bien d'accord avec vous! espérons qu'on le laisse travailler!
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Minouchette


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MessagePosté le: Ven 8 Juin - 18:04 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer Répondre en citant

quoikicause a écrit:
Remettre l'enseignement à la place qu'il n'aurait jamais du quitter revient à dire qu'il faudrait virer quelques 75 % des enseignants et surtout en virer autant dans ce qui s'appelle la fameuse "école" où l'on forme justement ces enseignants. Tout est gangréné par la gaucherie politique et ces officines non moins politique que sont les syndicats.




Bien d'accord avec vous! même certains prof à la retraite, trouvent que le niveau des enseignants est très bas! (un Prof qui fait passer les examens aux enseignants) l'an dernier 
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 02:47 (2018)    Sujet du message: La laïcité selon Blanquer

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